Lazarus Musical by David Bowie

Le pourquoi du comment

Depuis mon retour de weekend à Londres, on me demande mes impressions sur la comédie musicale écrite par David Bowie et jouée au King’s Cross Theatre jusqu’en janvier 2017. Quoi de plus naturel quand on sait qu’il s’agit de l’ultime oeuvre de Bowie et qu’il a fait sa dernière apparition publique à la Première sur Broadway NYC, une semaine avant de nous quitter.

Mais oui, c’est bien là le hic! Comment vous transmettre toutes les émotions qui m’ont traversée durant ces deux heures alors que ça fait dix mois que pour beaucoup de monde « nothing has changed… everything has changed »

Tenter de faire passer ces émotions et raconter le sujet de cette pièce de manière directe et simple comme on aurait décrit le dernier film vu au ciné entre deux machées de pop-corn est juste mission impossible. Bowie lui-même n’aimait pas expliquer sa musique, préférant laisser chacun se l’approprier et l’interpréter selon sa propre sensibilité et vécu.

Oui mais alors? « Qu’est-ce qu’elle nous veut avec son article? » allez-vous vous demander! Pire… A quoi bon lire ce qui va suivre, un article venant d’une « fan »… elle va juste nous dire que c’était super… quelle prévisibilité!

Eh bien, pour la première question qui n’aura pas manqué de vous effleurer l’esprit, je vous répondrai que justement cela me sera (peut-être?) plus facile d’organiser mes pensées en les écrivant… Donc là, l’espoir renaît en vous… avouez!!!! Quant à la deuxième, détrompez-vous! On peut très bien être atteinte de Bowiemania aiguë sans toutefois adhérer systématiquement à toutes les actions de la longue carrière du chaman… Et toc!

Pourquoi une comédie musicale?

Je suis loin d’être une spécialiste et je ne prétend pas avoir réussi à pénétrer dans l’esprit de Bowie (il est toujours bon de le rappeler!). Mais Bowie a toujours eu une passion pour le théâtre (et toute forme d’art). Il a d’ailleurs débuté sa carrière comme mime en 1967, puis les décennies suivantes, il a joué dans plusieurs pièces de théâtre, films et séries.

Côté musical, Bowie a été un magnifique compteur d’histoires (Space Oddity, Starman, The man who sold the world, Life on Mars…) et a construit sa carrière autour d’univers et de personnages, s’inventant des alter égos comme Major Tom, Ziggy Stardust, Aladdin Sane  (a lad insane, un type fou), Jack Halloween, l’inquiétant Thin White Duke… puis puisant dans ses anciens univers pour en recréer de nouveaux.

Enfin, j’ai lu que Bowie a eu comme projet de créer une autobiographie, et ce depuis les années 70 (d’autres s’en sont allègrement chargés à sa place depuis).  Le format classique ne lui convenant pas, il aurait tenté de monter une pièce de théâtre musicale durant des années. La magistrale expo David Bowie Is (un petit aperçu dans un précédent article) qui parcourt le monde depuis environ cinq ans est une autobiographie en tant que telle, et il semblerait qu’il ait enfin réalisé son rêve de comédie musicale, mêlant théâtre et plusieurs de ses chansons, avant de tirer sa révérence.

Lazarus est donc une pièce de théâtre construite autour des histoires comptées dans les chansons de Bowie. Et cette comédie musicale est également une suite au film The man who fell to Earth (L’Homme qui venait d’ailleurs pour le titre français) dans lequel il joua le rôle principal à la fin des années 70.

Voilà, ça c’est déjà clarifié, comment vouliez-vous que je vous explique déjà ça en deux-trois phrases… J’aime le détail et la précision, vous me connaissez!

Lazarus

Il va s’en dire qu’à l’annonce de l’arrivée de Lazarus à Londres, ni une ni deux ma compère de virées musicales Karine et moi avons booké notre séjour. Rien ne nous arrête, tickets d’entrée, billets de train, réservation d’hôtel c’est parti! Après plus de quarante années de carrière, Bowie n’était plus, on ne le reverrait plus sur scène, on n’entendrait plus de nouveaux titres… C’était son dernier cadeau, son ultime rêve réalisé et qui ne viendrait probablement pas en France (je me trompe peut-être…mais adapter l’esprit Bowie en français good luck!).

J’étais en même temps surexcitée de revenir à Londres et d’y voir cette pièce, là dans sa ville natale, et un peu inquiète que cela ne me plaise pas. Quel dommage ce serait de finir sur une note de déception…mais j’ai balayé cette hypothèse…à plusieurs reprises…car j’ai eu bien des doutes tout de même.

Mais bon, je me suis bien gardée de le dire à Karine qui m’accompagnait, ne voulant pas lui parasiter son plaisir. Je n’ai par contre pas pu lui répondre autre chose qu’un « Non, je n’achète que le programme. Pas le CD… je préfère écouter l’original quand j’écoute du Bowie » (quelle pimbêche je peux être parfois!). Et nous sommes allées rejoindre nos places numérotées…

On arrive dans le vif du sujet, ne désespérez pas!

Nous voilà assises, pile au milieu en face de la scène. Autour de nous, les gens remplissent la salle. Nous les scrutons « Houuuuu toi nan va-t-en, t’assoie pas devant moi! Karine, pourquoi on n’est pas en Italie, ils font tous deux mètres dans ce pays!!!! » Pas mal de personnes, hommes comme femmes, jeunes comme moins jeunes, ont choisi leurs vêtements avec soin. On y voit beaucoup d’étoiles en clin d’oeil à Bowie qui est, il n’y a nul doute, au-dessus de nous, contemplant le spectacle un sourire aux lèvres. Moi, je n’ai pas d’étoiles mais je porte un joli petit pin’s « Aladdin Sane » trouvé dans une boutique de Carnaby Street le jour-même, et dont les ventes sont redistribuées à une oeuvre caritative contre le cancer (la boucle est bouclée). Il y a également beaucoup de Français, profitant d’un long weekend férié pour être présents ce soir. Les gens discutent, peu se rendent compte que Michael C.Hall, l’interprète principal de la pièce (et très connu pour incarner le personnage de la série Dexter) est déjà sur scène, déambulant dans son univers alors que les musiciens se mettent peu à peu en place au-dessus de lui. Le spectacle peut commencer… Ssssshhhhhhhh!

Alors de quoi ça parle? Newton l’extraterrestre (Michael C.Hall) vit reclus dans son appartement New-Yorkais. Il s’enfonce dans la folie et l’alcool, ne rêvant que de regagner sa planète. Autour de lui, de multiples personnages interviennent et une mystérieuse jeune fille blonde vêtue de blanc. Elle n’a pas de nom, pas de passé. C’est une âme perdue? Une illusion sortie de l’esprit torturé de Newton? A vous de l’interpréter comme vous le ressentez mais the girl symbolise l’espoir, la lueur, et elle sait qu’elle est là pour venir en aide à Newton. A l’opposé, Valentin qui nous interprète Valentine’s Day, symbolise la noirceur du monde, le mal.

Donc, pour moi, cette pièce reprend les sujets chers à Bowie, que l’on retrouve dans ses chansons, ses films. Il y parle de la vie, de la mort, de l’identité et de l’aliénation, de la quête du bonheur, de la solitude, mais aussi du bien, du mal, de l’amour et de l’espoir. Et plus que tout, pudiquement, discrètement comme à son image, Bowie nous parle de lui, de sa vie, de sa mort symbolisée par ce départ sur Mars et par cette mystérieuse jeune fille, the girl, qui pourrait très bien représenter pour Bowie cette lueur blanche venue le délivrer pour le faire passer dans l’autre monde… « You know I’ll be free ».

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Voilà donc comment j’ai personnellement ressenti les choses. A chacun d’interpréter à sa manière. L’histoire n’est donc pas toute tracée et certains journalistes (Français…mais était-ce bon de le préciser?) déplorent un goût d’inachevé dans un article au titre bien prétentieux « Que vaut Lazarus, la pièce de David Bowie? ». Pour moi, ils ont vraiment rien compris mais depuis que je les ai écouté dans un reportage TV qui s’apparentait plus à « 50 mins inside » de Nikkos Aliagas qu’à un hommage à Bowie, plus rien ne m’étonne d’eux. J’aimerais par contre pouvoir revoir la pièce car comme pour ses albums, il faut souvent plusieurs écoutes pour pousser sa réflexion. Je croise donc les doigts pour une sortie DVD…London je t’aime mais moi pas Cresus!

Concernant mes doutes sur l’interprétation des chansons, ils se sont envolés! Michael C.Hall est bluffant sur scène. Contrairement à d’autres personnes, je n’ai pas fait de rapprochement entre sa voix et celle de Bowie. J’ai d’ailleurs apprécié qu’il ne joue pas à être Bowie. Mais celle qui m’a subjuguée est bien la jeune Sophia Anne Caruso qui a l’âge de la fille de Bowie (difficile de ne pas penser à elle durant le spectacle). Quelle maturité! Quelle émotion elle arrive à faire passer! Et sa voix! Cristalline et pure, parfaite pour son rôle plein d’innocence.

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Tous les autres interprètes ont également été exceptionnels. Ils se sont appropriés les chansons, offrant leur version tout en respectant les originales, nous donnant une autre écoute. J’ai particulièrement été émue de l’interprétation de This is not America, Where are we now? (qui nous transporte dans le Berlin de Bowie), When I met you (un des trois titres écrits par Bowie qui ne figurent pas sur l’album Blackstar mais inclus dans celui de Lazarus Musical) et Heroes qui clôture la représentation (absolument magnifique, la chanson prend ici un tout autre sens).

Et que dire des musiciens! Car contrairement à une comédie musicale classique, il y a un véritable orchestre qui joue live, qui s’ajuste à l’action de l’histoire. Un vrai concert avec pianiste, batteur, guitariste, bassiste, saxophoniste, un joueur de trombone. Tout est savamment orchestré: musiciens, acteurs-chanteurs, les projections et effets visuels. Tous dépendent les uns des autres pour un résultat visuel et audio où la précision de chacun est indispensable.

(cliquez pour agrandir)

Le décors est épuré. Cette comédie musicale est sobre, élégante, graphique, poétique, moderne et inventive… Euuuh je parle de Lazarus ou de Bowie lui-même? Des deux, Lazarus est résolument à l’image de Bowie. Je repars du théâtre finalement le CD en pôche, la tête dans les étoiles bien qu’avec des yeux de panda (ouf j’avais prévu les kleenex), heureuse d’avoir ce dernier souvenir de Bowie réussi et d’avoir partagé ce moment avec Karine dont je ressentais et comprenais toutes les émotions, les exclamations et soubresauts durant ces deux heures hors du temps. Monsieur Bowie, vous nous avez encore étonnées et émerveillées…une dernière fois. Chapeau l’Artiste!

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Song List (liens youtube Lazarus Cast Recording)

  1. Lazarus
  2. It’s no game
  3. This is not America
  4. The man who sold the world
  5. No plan
  6. Love is lost
  7. Changes
  8. Where are we now?
  9. Absolute beginners
  10. Dirty boys
  11. Killing a little time
  12. Life on Mars
  13. All the young dudes
  14. Always crashing in the same car
  15. Valentine’s day
  16. When I met you
  17. Heroes

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*Lazarus Musical by David Bowie and Enda Walsh, Photo credit theguardian.com , Lazarusmusical facebook , Karine , onceinabluemoon22.wordpress.com

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