Let England shake

Il y a quelques jours de cela, après avoir épluché tout le rayon musique de la Fnac, j’ai jeté mon dévolu sur non pas un, mais quatre vinyles. Bizarrement (ouais ouais, à d’autres!), je n’ai choisi que des artistes britanniques …

Alors j’aurai pu profiter du Printemps naissant accompagné de ses gazouillis d’oiseaux, de la caresse réconfortante d’un soleil trop longtemps absent, des senteurs profondes des premières fleurs et du bourdonnement enivré des insectes pour vous parler de la pop pétillante de Metronomy et de son « English Riviera« . Cela aurait été top raccord m’auriez-vous dit…. Et bien cui-cui! D’une, parce que j’avais déjà ce dernier dans mon cœur depuis bien cinq ans et que je me devais simplement de l’avoir en vinyle. De deux, parce que c’est un album bien plus sombre qui m’a pris aux tripes…

PJ Harvey

L’album dont je vais vous parler est sorti … en 2011. Comment ai-je pu louper le coche? Quel est l’intérêt de parler d’un disque sorti il y a six ans? Alors c’est certain, tout a été probablement (?) dit sur cet album mais après tout, ce qu’en pensent les critiques commerciales je m’en contrefiche, moi je n’ai rien à vendre mais j’adore partager sur mes ressentis.

Déjà connaissez-vous PJ Harvey? Si non, pas la peine de baisser les yeux, on ne peut pas tout connaître! De plus, vous avez maintenant une nouvelle raison valable de lire cet article jusqu’au bout (la première étant que vous aimez bien me faire plaisir hein?). Et pour tout vous dire, moi-même j’étais restée sur ses premiers titres sortis au début des 90’s (d’ailleurs son album « To bring you my love » fait partie des autres vinyles achetés) et c’est la série Peaky Blinders (voir mon article sur la série) qui m’a rappelé cette auteure-compositrice-interprète anglaise grâce aux nombreux titres figurant dans la bande-son.

Autre excuse (pour vous, pas pour moi!),  Polly Jean Harvey de son vrai nom est une artiste hors système commercial, vivant dans sa ferme du Dorset, qui limite ses apparitions publiques et se montre plutôt avare en interviews, gardant secrète sa vie privée (mais bon, il y a des signes qui ne trompent pas, hey Polly on sait que tu as brisé le cœur de Nick Cave!).

Laisse trembler l’Angleterre

La pochette de « Let England shake » a été dessinée par PJ Harvey. Une vision hitchcockienne mais encore plus sombre avec ses oiseaux noirs de malheur qui font trembler l’Angleterre. La pochette intérieure du vinyle présente l’artiste et ses musiciens photographiés au pied d’une église et de ses vieilles tombes. PJ Harvey revêt une coiffe de corbeau, oiseau très commun en Angleterre. Tout ceci annonce bien la couleur…

Dès la première écoute, j’ai été embarquée par ces mélodies folk mélancoliques. Ça sent l’Angleterre à pleines oreilles!  PJ Harvey, désormais âgée de 47 ans, ne place plus sa rébellion au travers de sa voix mais de ses textes.

« Let me walk through the stinking alleys

to the music of drunken beatings,

past the Thames River, glistening like gold

hastily sold for nothing.

Let me watch night fall on the river,

the moon rise up and turn to silver,

the sky move,

the ocean shimmer,

the hedge shake,

the last living rose quiver. »

– « The last living rose », PJ Harvey

L’album a pour thème la guerre et livre un regard sur l’Angleterre, cette vieille Angleterre et son passé impérialiste. C’est un album de controverse. Il est à la fois plein de délicatesse, d’amour pour ce pays et de noirceur, de brutalité. La chaleur du saxophone se mêle au son guerrier du clairon et à la grâce de l’autoharpe (dire que j’avais peur de celle de ma grand-mère quand j’étais petite).

PJ Harvey a construit le concept de ce disque à partir de nombreuses recherches sur la guerre relatée dans les livres d’histoire, les documentaires mais également en échangeant avec ceux qui l’avaient vécue, ceux qui la vivent de nos jours et en s’inspirant de poèmes de soldats britanniques datant de la première guerre mondiale.

« as we, advancing in the sun

sing « Death to all and everyone ». »

– « All and everyone », PJ Harvey

Elle a écrit la totalité des paroles sous forme de poèmes à travers lesquels elle devient la voix de ces soldats d’hier et d’aujourd’hui. Malgré l’empreinte forte britannique de ce disque, il s’agit bien d’un thème universel et intemporel que PJ Harvey aborde sans donner un quelconque avis politique (merci PJ!). A chacun de se faire le sien…

Il a beau avoir six ans, « Let England shake » soulève donc la question de l’identité d’une nation, du patriotisme à l’heure actuelle du terrorisme, du brexit, du repli sur soi et de la montée du populisme dans le monde. Cet album parle du passé, du présent et l’actualité nous montre un incessant retour en arrière. Comment le monde pourrait-il avancer ainsi?

Pour illustrer mes quelques lignes (oui j’ai réussi à être concise pour une fois!), voici quelques titres de l’album. Les douze chansons ont toutes leur propre vidéo sur le compte PJHaveyVevo de Youtube. Ces clips sont autant de portraits de l’Angleterre d’aujourd’hui, riche et complexe, faite de traditions, de mixité, de modernité et de ses habitants. Dans « On Battleship Hill« , apparaissent le père, le frère et les neveux de PJ Harvey et j’ai un doute sur les vieilles photos noir et blanc…mais il me semble qu’il y a également une ressemblance familiale.

« I live and die

through England.

I live and die

through England.

It leaves

sadness.

It leaves a taste,

a bitter one. »

– « England », PJ Harvey

Depuis, toujours concernée par le sujet, PJ Harvey est partie au Kosovo et en Afghanistan pour en faire un album sorti il y a tout juste un an « The Hope Six Demolition Project » d’où est tiré « The Orange Monkey » et sa superbe vidéo. Encore un disque à découvrir.

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